Chaque année en Martinique, environ 1 583 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués et près de 730 décès sont enregistrés. Au-delà des statistiques, ce sont des parcours de vie bouleversés, des familles éprouvées et des collectifs de travail impactés. Car le cancer ne concerne pas uniquement la sphère médicale : il constitue également un enjeu majeur pour le monde professionnel.
Quand le travail devient un facteur de risque
En Martinique, plusieurs facteurs favorisent l’apparition de cancers, parmi lesquels une alimentation déséquilibrée, la pollution atmosphérique, la présence de radon dans les sols ou encore l’exposition au tabagisme passif. À cela s’ajoutent des risques professionnels spécifiques à certains secteurs d’activité.
Les salariés des métiers du bâtiment et des travaux publics (exposition à l’amiante, aux peintures), des industries du plastique, du caoutchouc ou du verre, ainsi que certaines fonctions liées au secteur nucléaire, sont particulièrement exposés. Ces réalités soulignent l’importance d’une prévention renforcée en milieu professionnel et de mesures de protection adaptées pour les travailleurs concernés.
Travailler avec un cancer : des parcours fragilisés
Le cancer touche directement les organisations. Près de 50 % des personnes atteintes sont en âge de travailler, et 40 % exercent encore une activité professionnelle au moment du diagnostic. Toutefois, la maladie entraîne souvent des ruptures dans les parcours professionnels.
Cinq ans après le diagnostic, 54 % des personnes ont pu se maintenir dans leur emploi, tandis que 17 % ont dû changer de métier et 20 % ont quitté définitivement le marché du travail. Ces chiffres traduisent la difficulté de concilier traitements, fatigue, séquelles et exigences professionnelles. Le maintien dans l’emploi et le retour au travail deviennent alors des enjeux majeurs d’inclusion sociale et de dignité.
La prévention et le dépistage, leviers essentiels
Face à ces constats, la prévention reste un levier prioritaire. Le dépistage précoce des cancers les plus fréquents — poumon, sein, prostate, côlon — permet d’améliorer significativement les chances de prise en charge et de guérison. Le lieu de travail peut jouer un rôle déterminant dans cette démarche.
De nombreuses actions peuvent être mises en œuvre : organisation de forums santé, de tables rondes ou d’ateliers de sensibilisation, mobilisation des temps forts de la Qualité de Vie au Travail (QVT) comme Octobre Rose, Mars Bleu ou le Mois sans tabac. Les services de ressources humaines, en lien avec les services de santé au travail, jouent un rôle clé pour informer, ouvrir le dialogue et accompagner les salariés concernés, sans tabou ni stigmatisation.
Plus d’infos sur : https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/detecter-tot-pour-mieux-soigner
Une mobilisation collective indispensable
Si le cancer n’est plus une fatalité, il demeure une épreuve qui fragilise autant l’individu que son environnement professionnel. La mobilisation de l’ensemble des acteurs — employeurs, collègues, institutions et associations — est indispensable pour éviter que la maladie ne conduise à l’exclusion.
En Martinique, particulièrement exposée à ce fléau, faire du lien entre cancer et travail une priorité constitue un enjeu stratégique. Accompagner un salarié touché par le cancer, c’est non seulement préserver son parcours professionnel, mais aussi renforcer la solidarité et la résilience de toute la société.